INTERVIEW DE WOLFGANG NIEDECKEN/BAP

Au cours d’une interview avec l’auteur Mirco Keilberth, il tire un bilan de son engagement et se projette dans l’avenir du projet « Rebound ».
 


Monsieur Niedecken, comment le projet « Rebound » a-t-il vu le jour ?

En août 2004, j’ai fait un voyage de deux semaines en Ouganda avec l’organisation allemande « Gemeinsam für Afrika » (« Tous ensemble pour l’Afrique ») en tant qu'ambassadeur. 30 organisations d’aide humanitaire se sont réunies pour former l’alliance « Gemeinsam für Afrika ». J’ai visité le plus grand nombre possible d’établissements de ces ONG (Organisations Non Gouvernementales) car je voulais savoir comment elles travaillent. Pour pouvoir en parler ici dans les médias et acquérir des compétences me permettant d’affronter la situation sur place.

À la fin de ce voyage, je suis allé au nord de l’Ouganda. En 2004, la guerre civile était encore assez brûlante. Les rebelles assaillaient des camps de réfugiés et, dans des groupes d’habitation isolés à la campagne, ils enlevaient des enfants. De nombreux paysans ont essayé de rester dans leurs villages alors qu’ils n’en avaient plus le droit, car on obligeait les hommes et les femmes à vivre dans des camps de réfugiés.

Les rebelles ont même enlevé bon nombre d’enfants dans les camps de réfugiés et les ont contraints à devenir des enfants soldats. Ces enfants sont passés par des expériences terribles. Le premier soir déjà, j’étais assez bouleversé. Pour commencer, nous sommes arrivés dans un camp de réfugiés où j’ai vu les conditions dans lesquelles les hommes doivent soudainement vivre quand ils n’ont plus le droit de travailler dans leurs champs. À ce moment-là, tout se disloque.


Les familles sont brisées car les hommes perdent leur identité. Dans des conditions normales, c’est à eux qu’incombe le travail de la terre. Ils doivent être en mesure de nourrir leur famille et la protéger. Maintenant, ils ne pouvaient plus faire ni l’un, ni l’autre. Des maladies assez terribles sévissaient. Les camps étaient partiellement entourés de mines pour empêcher les rebelles d’y entrer. Quand les enfants jouaient au football et que la balle atterrissait dans le champ de mines, personne ne pouvait plus aller la chercher. Des histoires inimaginables dont on ne fait bien sûr pas l’expérience d’aussi près dans l’Europe centrale civilisée – je n’en avais entendu parler que dans les médias.


Le soir, nous nous sommes rendus au « Reception Center », un établissement qui recueille des enfants soldats qui ont recouvré la liberté. Avoir recouvré la liberté, cela veut souvent dire qu’ils ont survécu à des échauffourées. Les soldats du gouvernement ont naturellement tiré sur les rebelles, qu’il s’agisse ou non d’enfants. Ceux qui étaient assez jeunes pour éveiller des doutes étaient amenés au « Reception Center » pour que leurs blessures soient pansées. Plus tard, les sauveteurs se sont également occupés des blessures de l’âme. Mais quand je raconte cela, on a une impression que ce n’est pas si grave. Toutefois, quand on se retrouve devant des garçons de 12, 13 ou 14 ans qui ont des blessures que l’on n’arrive pas à imaginer et qui nous racontent ce qu’ils ont été obligés de faire, c’est pratiquement insupportable. On n’a franchement pas envie de connaître tous les détails. Ou bien les filles qui se tenaient devant moi avec des bébés infectés par le virus du sida alors qu’elles n’ont que 14 ou 15 ans – ça vous brise le cœur.

 

 

Wolfgang NiedeckenWolgang Niedecken est musicien, artiste plasticien et originaire de Cologne. plus Des enfants du nord de l’Ouganda

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